lundi 2 décembre 2013

À la recherche de Beausoleil: publié en Acadiana Profile, le 1er décembre 2013

À la recherche de Beausoleil

Accolé sur la rive gauche d’un des méandres serpentins du Bayou Tèche se trouve le village de Loreauville, dans la paroisse d’Ibérie. Tout autour, la terre riche et fertile nourrit les clos de cannes à sucre qui s’étendent à perte de vue. Plusieurs familles, comme ailleurs chez nous, vivent aussi des divers métiers associés avec l’industrie de l’huile. Couche sur couche, les sédiments déposés par une succession d’inondations régulières depuis la nuit des temps ont enrichi la région jusqu’à l’Eau Haute de 1927, laissant pousser une communauté à la fois agricole et industrielle basée sur les valeurs qu’on connaît bien en Acadiana. Le respect de la terre, de la famille et des traditions règne dans ce petit coin tranquille de notre pays. Pourtant, quelque part enfoui en-dessous de cette surface féconde se cache un secret dont la révélation risque d’apporter autant que l’or blanc ou l’or noir, non seulement en terme de donner une nouvelle source d’énergie économique mais aussi dans la perspective de renforcer les liens qui nous unissent. Ce n’est pas l’énergie solaire, mais il s’agit d’un soleil qui porte un nom de famille et une histoire des plus illustres.

Joseph Broussard, dit Beausoleil, et ses compagnons, les premiers Acadiens arrivés en Louisiane en 1765 pour fonder la Nouvelle-Acadie, sont enterrés là quelque part, ainsi que les traces archéologiques qui nous donneront une idée de comment ils ont vécu dans ce voisinage autrefois connu comme Fausse Pointe. Le professeur Mark Rees de l’Université de Louisiane à Lafayette pense qu’il peut les retrouver et il n’est pas seul dans sa quête. Né d’une idée lancée lors d’une réunion de l’association Famille Beausoleil, formée des descendants du héros du Grand Dérangement et de leurs collègues, le Projet Nouvelle-Acadie compte parmi son comité de pilotage non seulement des Broussard, dont le maire de Loreauville, mais de nombreux louisianais aussi déterminés que le professeur Rees à découvrir l’endroit précis. Les premières fouilles aux environs sont prometteuses et indiquent la présence d’une forte activité au passé.

Rien que la taille de la maison d’Armand Broussard, un des fils de Joseph, construite un quart de siècle après les premières arrivées acadiennes, fait preuve d’une réussite matérielle impressionnante. À sa mort, le patrimoine d’Armand était estimé à 65 000$, ce qui en ferait un millionnaire de nos jours. Sa maison, qui date de 1790, se trouve dans le parc historique Vermilionville. Elle a été déménagée de la région où l’on cherche la présence des tombes et des premières installations de ces pauvres défunts, décédés sous le coup de la fièvre jaune et d’autres maladies tropicales en arrivant comme tant d’autres avant et après. Il est évident que les premières constructions n’avaient rien d’aussi cossues. Leur emplacement exact reste un mystère pour l’instant, mais le Projet Nouvelle-Acadie a bien l’intention de le dévoiler avant que le développement de nouveaux lotissements ne risque de les couvrir ou les détruire à jamais. Une fois découvert, le site peut devenir un centre important de tourisme et d’éducation.

Le Projet Nouvelle-Acadie, en plus de sa mission d’aider le financement des travaux, a annoncé ses quatre raisons d’être. La première est de promouvoir l’économie culturelle en incluant la communauté dans la planification de la gestion des ressources culturelles. Deuxièmement, c’est de faire avancer la connaissance de l’histoire des premiers établissements et sites d’enterrement acadiens en les localisant. Ensuite, on veut délinéer et comprendre les modèles d’établissement des foyers en Nouvelle-Acadie. Enfin, le groupe aimerait examiner les preuves des expressions d’identité culturelle et ethnique, tout en tenant compte des relations variables entre l’histoire, l’identité et le terrain. Selon le professeur Rees, le manque de connaissance à l’égard des ces propriétés et tombes anonymes a mis ces sites à risque de destruction et de négliger une occasion d’étendre l’économie culturelle.


Il est inconcevable de penser qu’avec toute l’importance le personnage de Beausoleil, on ne sait quand même pas où se trouve sa dernière demeure après avoir mené une guerre pour la liberté de son peuple. Mais comme dit le proverbe latin, « L’argent est le nerf de la guerre ». Grâce aux efforts du projet, on va trouver l’argent nécessaire pour honorer la mémoire des premiers Acadiens et pour continuer leur testament de prospérité.

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