lundi 1 octobre 2018

Une place à la table, enfin! Publié deans Acadiana Profile, octobre-novembre 2018


Une place à la table, enfin!

Pour clore cette série célébrant le 50e anniversaire du CODOFIL, j’aimerais vous poser une devinette : Trouvez l’intrus parmi l’Argentine, la Corée du Sud, la Pologne, la Louisiane et l’Ukraine. Si je vous demandais quel pays n’était pas membre observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui compte parmi ses membres la France, le Canada et la Belgique, lequel choisiriez-vous? Contre tout bon sens, la réponse correcte, c’est la Louisiane. Étonnant, non? Malgré une population francophone, une agence d’état dédiée à la langue française, des programmes d’immersion française, des émissions de radio, une production musicale chantée en français et sa présence à plusieurs sommets de la Francophonie en tant qu’invitée spéciale, la Louisiane n’était pas, aux yeux de l’OIF, un pays francophone à part entière. Enfin, jusqu’à présent, si on avait une place à la table, c’était la table d’enfants et pas celle des grands. Mais, il y a du changement dans l’air alors que le CODOFIL s’embarque sur la prochaine phase de son histoire

La nouvelle directrice, Peggy Feehan, dévoile les grands axes de son avenir : L’immersion va continuer son expansion dans la paroisse Lincoln, à Shreveport, aux Natchitoches et, après tant d’années d’effort, même dans la paroisse Vermillon, une des plus francophones de l’état; on va renforcer la formation de nos propres enseignants en immersion – UL-Lafayette aura bientôt une maîtrise d’éducation en immersion – ainsi diminuant notre dépendance sur la générosité des étrangers; et, en même temps, on va transformer les étudiants francophones aussi en professionnels francophones en développant les débouchés vers d’autres métiers que l’enseignement. Puisque nous avons une jeunesse qui n’a pas honte de parler français, nous pouvons envisager un destin sans contrainte et sans entrave. En effet, autrefois confrontés à l’opprobre quand ils parlaient français en public, les Francophones louisianais de nos jours peuvent se parler sans craindre des insultes. Au contraire, souvent les autres expriment leur regret de ne pas parler français. Qu’importe qu’on ait moins de Francophones au XXIe siècle, ceux qu’on a parlent sans complexe et sans se soucier si c’est le « bon » français ou pas.

Mais la plus grande transformation pourrait avoir lieu les 11-12 octobre à Erevan en Arménie lors le prochain sommet quand l’OIF va décider si, oui ou non, la Louisiane mérite une place à la table des grands. La demande officielle était faite au printemps dernier, il ne reste plus qu’à attendre. Dans la conclusion du dossier, on peut lire, « Plus que jamais, la Louisiane reconnait que sa francophonie est une ressource naturelle et renouvelable. Elle constate, toutefois, que sa durabilité et son succès futurs dépendront des relations qu'elle entreprendra avec la Francophonie internationale, dont elle compte s'inspirer des modèles sociaux, politiques, économiques, professionnels et culturels de ses partenaires. La Louisiane est prête à prendre sa place à la table. » Dans cinquante ans, le CODOFIL a soulevé le voile sur une culture et une langue qui sont restées longtemps honnies et cachées et qui ne désirent qu’une chose, c’est de vivre sa vie en français au grand jour avec le reste de la famille.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire