samedi 1 février 2020

Le Campus Saint-Luc: Publié dans Acadiana Profile fév.-mars 2020


Le Campus Saint-Luc : Un centre d’immersion et campus culturel à Arnaudville

Au bout de la péninsule canadienne de la Nouvelle-Écosse, à plus de deux mille miles de la Louisiane, se trouve un petit village à côté de la baie Sainte-Marie qui s’appelle la Pointe-de-l’Église. Avec un peu plus de mille habitants, on sera surpris d’apprendre qu’il y siège une université francophone. Ce qui serait encore plus étonnant pour les non-initiés, c’est que l’Université Sainte-Anne, avec ses programmes d’immersion française, compte parmi ses anciens étudiants des centaines de Louisianais. Depuis une trentaine d’années, des dizaines de jeunes et moins jeunes de notre état font le long périple chaque été vers la terre ancestrale des Acadiens afin de se réapproprier la langue de nos aïeux. Le voyage n’est pas facile et peut coûter cher, sans compter les frais d’inscription. Depuis des années, on se dit que s’il y a une telle demande, s’il y a tant de gens qui sont prêts à faire le sacrifice et dédier six semaines de leur vie, souvent en prenant leurs journées de vacances pour s’absenter de leurs obligations professionnelles et personnelles, il doit y avoir un marché énorme pour les Louisianais moins avantagés financièrement, mais autant motivés à apprendre le français.


George Marks
C’est l’essentiel d’une conversation que j’ai eue avec George Marks, artiste et activiste à Arnaudville, presque dix ans passés. Je lui ai dit le type de bâtisse qu’il faudrait : une cuisine, une salle à manger, des salles de classes, une chambre commune et des chambres à coucher. Le tout dans un environnement francophone où les étudiants pourraient pratiquer leur français en public. Avec son énergie habituelle, George m’a dit de monter avec lui dans son char. « Je vais te montrer quelque chose, » m’a-t-il dit. Deux minutes plus tard, on descendait devant un hôpital désaffecté situé au milieu d’un grand terrain. Il ouvre la porte et on entre. Dedans, on trouve tout ce dont une école d’immersion pour adultes aurait besoin. Il n’y avait qu’un problème, mais il était de taille. La bâtisse n’appartenait pas à une, mais deux paroisses : Saint-Martin et Saint-Landry. La politique étant ce qu’elle est en Louisiane, il a fallu la patience d’un saint pour qu’on arrive, dix ans plus tard, à la vente de l’ancien hôpital Saint Luke à une organisation à but non-lucratif, le Centre d’immersion et campus culturel Saint-Luc, présidé par l’infatigable Mavis Frugé.


Mavis Frugé
Saint Luc est le saint patron des médecins et des guérisseurs, mais aussi des sculpteurs et des peintres. Son symbole est le taureau pour représenter le sacrifice. Ce n’est que justice poétique qu’avec l’aide d’un groupe d’artistes un ancien hôpital devienne, après une décennie de persévérance, un centre culturel et linguistique accueillant celles et ceux qui souhaitent remédier les maux perpétués sur les générations précédentes de Louisianais privés de leur langue d’héritage. Des étudiants d’ailleurs vont se joindre à eux, comme c’est déjà le cas avec le programme Sur Les Deux Bayous, infusant de l’argent à l’économie locale et créant une communauté francophone centrée à la jonction des bayous Fuselier et Tèche. 


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