samedi 16 février 2019

Poïmes, un nouveau projet

J'ai décidé d'essayer un nouveau projet en combinant ma poésie et ma photographie en ce que j'appelle des Poïmes (poème+meme=poïme). J'espère en partager d'autres bientôt. Cliquez dessus pour agrandir.




vendredi 15 février 2019

Dickie Landry au Musée Hilliard, le 13 février 2019.


Je connais Dickie Landry depuis que je l’ai rencontré en Provence en 1988. Je vivais en France à l’époque quand j’ai reçu la visite d’un cousin et sa femme qui étaient aussi des amis de Dickie. Ils étaient venus surtout pour assister à un concert qu’il donnait à l’Abbaye de Sénanque près de Gordes dans la Vaucluse. J’habitais à quatre heures et demie de là, mais nous avons fait le voyage dans ma petite Renault R5 rouge. Construite au XIIe siècle, cette abbaye offrait une acoustique surnaturelle aux sons irréels de son saxophone et aux chanteuses angéliques qui l’accompagnaient. Plus de trente ans après, j’ai toujours le sentiment d’avoir assisté à un événement béni par Sainte Cécilia, la patronne de la musique. Est-ce un hasard que sa ville natale s’appelle Cécilia?


Quand on a annoncé que Dickie Landry allait jouer du saxo dans le musée d’art de l’université à Lafayette, j’ai immédiatement eu l’impression qu’il allait nous offrir un concert qu’il allait rivaliser avec celui d’il y a trente ans. Évidemment, j’avais eu plusieurs occasions de l’entendre jouer entretemps, mais rien ne se comparait à cette intersection de temps et d’espace, de lumière et d’ombre, du moderne et de l’antique que j’avais l’immense privilège de voir et d’entendre en France. Je sentais, non, je savais au fond de moi-même que ce mercredi soir au Hilliard allait être exceptionnel. Dickie n’a pas déçu en donnant une performance digne des grandes villes américaines et européennes comme New York et Chicago, Paris et Prague, Los Angeles et Londres pour laquelle les spectateurs auraient payé les yeux de la tête. Pourtant, c’était gratuit et c’était à Lafayette.

Si l’on doit savoir une chose parmi les milliers de choses à propos de Dickie, c’est qu’il était membre-fondateur du Philip Glass Ensemble. Ce que l’on sait moins peut-être, ce sont les circonstances qui ont poussé Dickie a quitté ce groupe légendaire. Une tragédie familiale l’a ramené en Louisiane. À 18 ans, son fils était victime d’un hold-up manqué. Le criminel qui a mis fin à ses jours se trouve encore au pénitencier d’Angola. À ce moment au Hilliard, il y a deux expositions au rez-de-chaussée : l’une de Gisela Colon dans la salle où Dickie a joué, l’autre par Keith Calhoun et Chandra McCormick en face, consistant de photographies de prisonniers à Angola. C’est là, devant ces photos, que j’ai croisé Dickie avant sa prestation. Je le salue en français comme c’est notre habitude. Sans lever la tête, il me dit en anglais, « C’est là où se trouve le mec qui a tué mon fils. C’est trop dur à regarder. » Ne trouvant rien à répondre, je le laisse partir en silence en même temps qu’une admiratrice essaie d’attirer son attention.

Après avoir contemplé ces photos sublimes et dérangeantes, ma femme et moi trouvons des chaises dans la salle ornée des œuvres de Colon en attendant le début du concert. Ce sont des sculptures aux formes biomorphiques, floues et colorées, rétroéclairées dans un style qui n’est pas sans rappeler le minimalisme de Glass. Nous sommes une centaine et nous attendons.

Avant de le voir, on l’entend. Le son de son saxophone sort comme le carambolage de deux camions sur la 90: l’un portant deux tonnes de tuyaux de forage pétrolier, l’autre transportant des cochons. C’est comme toutes les peines et souffrances des crimes et des châtiments d’Angola veulent sortir d’un coup comme une expiation. Son corps voûté de 80 ans sous son costume-cravate noir comme un croque-mort pousse un souffle du fond des âges à défier l’âge. Le saxo, trop souvent relégué au deuxième plan musical reprend ses droits au plein centre de la pièce. Avec la rapidité d’une ligne de grain violente qui traverse la côte louisianaise, sa musique se calme et devient aussi harmonieuse que la brise estivale dans les feuilles d’un pacanier. Ses mélodies sont tantôt lisses et contournées comme les œuvres amorphes autour, tantôt déchiquetées et rêches comme la vie des victimes de ces prisonniers d’Angola qui ont commis tant d’atrocités.

Il se promène entre les œuvres d’art et les gens assis sur des chaises tournées dans toutes les directions. La séparation entre la scène et le spectateur est abolie. Devant un public digne de #LafayetteFamous, il donne un cours de maître de virtuosité. L’atonal à côté des harmonies, des cris stridents ponctués par les roucoulements d’amoureux, intercalés de silences probants, interrogateurs. Son visage est rouge comme une tomate créole. Le grincement d’ongles sur le tableau noir suivi des baumes à apaiser une âme ravagée. Un vol de mouches à miel. Des Klaxons de taxis new-yorkais. Une musique de film noir des années 50 avec Sam Spade à la recherche du meurtrier du Black Dahlia. De l’hélium s’échappe d’un ballon. Une baleine brise la surface pour respirer. L’engrenage d’un tracteur. Le chant des corbeaux et des cardinaux. Des pleurs d’un bébé affamé. Des rires complices d’une inside joke. Dans un temps hors du temps, il tape les rythmes des complaintes d’un deuil trop lourd et des jouissances de jeunes amants. Des sons qu’Albert Saxe n’aurait jamais imaginés et que le solfège ne saurait transcrire, mais que Dickie Landry a su composer de son talent immense et varié.



vendredi 1 février 2019

Les médias sociaux à la rescousse. Publié dans Acadiana Profile février-mars 2019


Les médias sociaux à la rescousse / Le français louisianais à l’ère numérique

Pour une langue strictement orale qui date du XVIIIe siècle comme on l’entend dire de la part des « experts » auto-proclamés, le français louisianais a une présence drôlement robuste sur Internet. Tandis que certains se lamentent de sa disparition et se comblent d’une nostalgie mélancolique, d’autres se lancent dans cette langue vers l’avenir véhiculés par YouTube, les blogues et d’autres balados, Twitter et pages Facebook associés. Si l’on part à la recherche de la présence du français dans la vie quotidienne, il est vrai qu’on pourra rentrer bredouille si on ne connaît pas les bonnes adresses. Pourtant on peut les trouver. Avec quelques clics de la petite souris, tout un monde en français louisianais se manifeste sur l’écran d’ordinateur. Avec quelques coups de pouce sur un iPhone, on accède à un pays virtuel où le français louisianais est la langue officielle.

S’il est parfois difficile de se réunir sur la place publique en français, les médias sociaux fournissent des lieux où les activités et les échanges entre les Francophones de tous les niveaux peuvent circuler librement. Un site sur Facebook en particulier, la Table Française Virtuelle, s’est établi comme une source incontournable pour des gens qui veulent comparer les expressions, annoncer des événements francophones ou simplement demander comment dire le nom de telle ou telle plante. Les conversations ne sont pas bien différentes de celles que les gens avaient autour d’une tasse de café à la table de cuisine sauf que cette fois-ci, les participants sont en Louisiane, en France, en Nouvelle-Angleterre et ailleurs. Et, chose intéressante, les membres se rassemblent dans la vraie vie de temps en temps.

« Prairie des Femmes » est un autre espace à la fois réel et virtuel où une nouvelle génération de franco-louisianais développe une voix authentique. Sa créatrice, Ashlee Michot, a récemment lancé un projet, « Ô Malheureuse », où elle a jeté une sorte de bouteille à la mer, appelant des Louisianaises à soumettre des textes en prose ou en poésie. La réponse extraordinaire a révélé des voix créatives épatantes.

« Charrer-Veiller » est un balado qu’on peut trouver sur YouTube. C’est l’idée de deux jeunes Franco-louisianais, Joe Pons et Chase Cormier. Leur but est de bavarder, charrer en français louisianais, avec d’autres activistes à propos de sujets divers. Nommé en hommage au dernier journal français « l’Abeille », « le Bourdon de la Louisiane » est une gazette en ligne sous la direction de Bennett Boyd Anderson III. « Télé-Louisiane » est probablement le projet le plus ambitieux. C’est le produit de plusieurs collaborateurs dont les principaux sont Will McGrew, Brian Clary et Marshall Woodworth. Ils travaillent actuellement sur des émissions pour enfants, en plus des courts métrages qu’on peut déjà visionner. On notera l’aspect collaboratif de toutes ces initiatives francophones.

Sur le terrain, la communauté francophone est fracturée et disparate. Sur Internet, elle constitue un groupement d’individus passionnés par et pour le français louisianais. La beauté de l’affaire, c’est que les jeunes gens choisissent de vivre leur vie en français dans le quotidien et dans le virtuel au XXIe siècle.

dimanche 2 décembre 2018

La Louisiane latine. Publié dans Acadiana Profile décembre 2018 - janvier 2019


La Louisiane latine

Sous un ciel de plomb un samedi d’octobre au centre-ville de Lafayette, je me dirige vers la Scène internationale. En route, je remarque un camion comme tant d’autres qu’on peut voir sur les chemins chez nous. Maculé de boue, un peu cabossé, une boîte à outils dans la caisse arrière : c’est décidemment le véhicule de quelqu’un qui travaille fort pour gagner sa vie. Avec ses plaques louisianaises, rien ne le distinguait. Mais au lieu d’avoir des autocollants habituels de LSU, d’UL ou des Saints, il arborait le nom d’un état mexicain, le Nuevo León. En regardant les pare-choques d’autres véhicules autour, je vois les drapeaux du Porto Rico, du Panama et de la Colombie. Ils allaient, comme moi, au Festival de la musique latine.

Dans un climat politique qui ramène les peuples hispaniques au cœur des discussions, la présence en grand nombre d’Hispanophones n’a rien de nouveau en Louisiane. Hernando de Soto et ses hommes sont considérés comme les premiers Européens d’avoir navigué le Mississipi en 1541. On n’a qu’à regarder le drapeau d’Acadiana pour se rendre compte de l’importance qu’ils ont eue dans notre histoire. Le château de Castille est en honneur du roi Carlos III qui a financé l’expédition des Sept bateaux qui ont amené 1,600 Acadiens en 1785. En1762, le Traité de Fontainebleau avait cédé la Louisiane à l’Espagne, avec la prise officielle en 1764. Les habitants n’ont appris la nouvelle qu’en 1766 avec l’arrivée d’Antonio de Ulloa comme gouverneur. N’entendant pas de cette oreille, la Rébellion de 1768 contre le régime espagnol a fini par susciter son départ. Ce n’était qu’une victoire pyrrhique. On doit classer son renvoi sous la rubrique « il faut faire attention à ce qu’on demande, on risque de l’avoir », car son remplacement, Alejandro O’Reilly, dit le Sanglant, a fait pendre les six chefs de la rébellion, tous des notables de la ville, dans une rue qui s’appelle aujourd’hui « Frenchmen Street ».

Les relations se sont améliorées à tel point que la période espagnole était la plus prospère de notre histoire coloniale. C’est grâce à l’introduction des vaches espagnoles qu’on a une industrie du bétail asteur. Les Isleños, les descendants des habitants des îles Canaries, sont arrivés sur la demande du gouverneur Gálvez entre 1778 et 1779 en aussi grand nombre que les Acadiens. Beaucoup se sont installés à la Terre-aux-Bœufs, aujourd’hui la paroisse Saint-Bernard et on peut trouver leurs installations dans d’autres paroisses, notamment à Valenzuela en Lafourche et Galvez en Ascension. La Nouvelle-Ibérie a été fondée par un autre groupe espagnol, les Malagueños. Ils ont tous fait des contributions à la langue française en Louisiane avec des mots comme pelote pour balle ou tchaurisse, une sorte de saucisse.

Leur plus grand apport était des gens comme le jockey Randy Romero, le peintre George Rodrigue et le musicien Joe Falcon, parmi bien d’autres. Avec sa femme Cléoma Breaux, Falcon, descendant de Cristóbal Falcón, était le premier à enregistrer une chanson cadienne, « Allons à Lafayette ». Malgré les controverses actuelles, je me demande quelles contributions cette nouvelle génération d’Hispaniques fera à la culture d’Acadiana.

mercredi 31 octobre 2018

Quelques réflexions sur l’adhésion de la Louisiane à l’OIF https://astheure.com/2018/10/31/filiere-louisiane-16/


Quelques réflexions sur l’adhésion de la Louisiane à l’OIF

La nouvelle est arrivée, comme il se doit de nos jours, dans un Tweet : « @OIFfrancophonie. Bienvenue à la #Gambie, à l’#Irlande, à la #Louisiane (É. U.) et à #Malte comme observateurs de la Francophonie! #SommetEVN2018. ». Depuis que le dossier de candidature fut posé en avril, on attendait avec impatience son acceptation. Je n’avais pas de vraies craintes qu’on soit rejeté, mais comme l’histoire de la Louisiane francophone est remplie de rendez-vous manqués, l’ombre du doute planait quelque part au fond de mon esprit. Cette annonce tant attendue a résonné en moi comme le soulagement d’une démangeaison de longue date. J’ai attendu ce moment depuis que j’ai appris le mot Francophonie et ce qu’il représentait. Comme le hasard fait bien les choses par fois, notre candidature a été acceptée en même temps que les Festivals acadiens et créoles reconnaissaient les contributions d’un monsieur que l’histoire aurait pu oublier si ce n’était pas pour le travail de plusieurs personnes. Caesar Vincent était un simple fermier dans la paroisse de Vermillon qui gardait dans sa mémoire des dizaines et des dizaines de chansons dont certains remontaient au Moyen-Âge. Elles étaient transmises de bouche à l’oreille pendant des siècles. Quelqu’un lui a montré ces chansons, tout comme ces gens ont appris de quelqu’un d’autre. Pour une raison ou une autre, il ne les a pratiquement pas transmises à personne, malgré le fait qu’il ne se gênait pas de les chanter à tout moment, même dans des circonstances les plus inappropriées. Si Harry Oster et Catherine Blanchet ne l’avaient pas enregistré à deux occasions différentes dans les années cinquante, on n’aura pas le trésor qu’on peut entendre encore aujourd’hui.

Quand je suis rentré de mon premier séjour en France grâce au CODOFIL en 1982, je pouvais enfin parler en français avec le seul grand parent qui me restait, ma grand-mère paternelle, Estella Pitre Cheramie. Cette femme que j’avais toujours entendu s’exprimer dans un anglais approximatif et, à vrai dire, un peu embarrassant pour moi, s’était transformée en une des personnes les plus drôles et éloquentes que j’ai jamais connues. Par exemple, une fois je l’avais prise dans ma voiture pour l’amener je ne me rappelle plus où. La circulation était lente, presqu’arrêtée. Je lui dis, « Le monde va doucement, hein? » Elle me répond, « Ouais, le monde est après naviguer leur char comme des crabes molles! » Encore aujourd’hui j’appelle des conducteurs qui roulent trop lentement des crabes molles. Il y a tout un aspect de sa vie que je n’aurais jamais connu si ce n’était pas pour l’effort d’une poignée de gens pour ramener le français en Louisiane du bord du précipice avant qu’il tombe dans l’oubli.

Je ne sais pas pourquoi M. Vincent n’a pas appris ses chansons aux gens autour de lui, mais je peux imaginer qu’une grande partie est due au fait que pas beaucoup de gens avaient envie de les apprendre. Encore aujourd’hui, qui a le temps, voire la durée d’attention, d’apprendre une chanson à vingt-cinq couplets? Il était bien populaire dans les veillées d’autrefois, avant que la télévision ne devienne l’agente d’assimilation vers la culture anglo-américaine, avant que l’industrie pétrolière ne fasse la promesse d’une vie meilleure que celle d’un fermier de subsistance, avant que les petits Louisianais n’étaient bûchés à l’école et obligés d’écrire ces « sacrées lignes » pour avoir parlé une langue qui leur était transmises depuis la nuit des temps. Grâce à une technologie nouvelle à l’époque, la bande magnétique, nous avons une collection de ses chansons que des artistes contemporaines ont ré-imaginées et réinventées sous forme numérique. La chaîne de la transmission de notre culture à plusieurs égards est cassée irrémédiablement à cause de l’arrivée brutale de la modernité; grâce à d’autres technologies, on a pu sauvegarder quelques graines à planter pour la prochaine récolte.

« C’est bien beau tout ça, mais quel est le rapport avec la Louisiane et l’OIF? » vous êtes sans doute en train de vous demander. Comme on a vu, la technologie n’a rien de mal en soi; tout dépend de comment on l’utilise. Internet et les médias sociaux jouent déjà un grand rôle pour les jeunes Francophones louisianais qui ont le plus à gagner de notre statut de membre observateur.
L’entrée de la Louisiane au sein de l’OIF est comme ce disque compact que j’ai acheté. J’entends les échos de la voix d’un homme né au XIXe siècle qui reçoit enfin sa juste reconnaissance au XXIe. Avec la Louisiane assise à la table de la Francophonie, j’entends la résonnance de la joie et des peines, des pleurs et des rires, des histoires et des mythes d’une langue française en Louisiane qui a failli se voir reléguée aux oubliettes. On est assis à la table des grands, tout faraud, tout faquin, et tout fier à servir notre gombo aux autres conviés, à prendre des nouvelles des cousins lointains, à découvrir de nouveaux amis, à faire le bilan et à planifier un meilleur demain pour nous et pour nos enfants, tout en français.

lundi 1 octobre 2018

Une place à la table, enfin! Publié deans Acadiana Profile, octobre-novembre 2018


Une place à la table, enfin!

Pour clore cette série célébrant le 50e anniversaire du CODOFIL, j’aimerais vous poser une devinette : Trouvez l’intrus parmi l’Argentine, la Corée du Sud, la Pologne, la Louisiane et l’Ukraine. Si je vous demandais quel pays n’était pas membre observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui compte parmi ses membres la France, le Canada et la Belgique, lequel choisiriez-vous? Contre tout bon sens, la réponse correcte, c’est la Louisiane. Étonnant, non? Malgré une population francophone, une agence d’état dédiée à la langue française, des programmes d’immersion française, des émissions de radio, une production musicale chantée en français et sa présence à plusieurs sommets de la Francophonie en tant qu’invitée spéciale, la Louisiane n’était pas, aux yeux de l’OIF, un pays francophone à part entière. Enfin, jusqu’à présent, si on avait une place à la table, c’était la table d’enfants et pas celle des grands. Mais, il y a du changement dans l’air alors que le CODOFIL s’embarque sur la prochaine phase de son histoire

La nouvelle directrice, Peggy Feehan, dévoile les grands axes de son avenir : L’immersion va continuer son expansion dans la paroisse Lincoln, à Shreveport, aux Natchitoches et, après tant d’années d’effort, même dans la paroisse Vermillon, une des plus francophones de l’état; on va renforcer la formation de nos propres enseignants en immersion – UL-Lafayette aura bientôt une maîtrise d’éducation en immersion – ainsi diminuant notre dépendance sur la générosité des étrangers; et, en même temps, on va transformer les étudiants francophones aussi en professionnels francophones en développant les débouchés vers d’autres métiers que l’enseignement. Puisque nous avons une jeunesse qui n’a pas honte de parler français, nous pouvons envisager un destin sans contrainte et sans entrave. En effet, autrefois confrontés à l’opprobre quand ils parlaient français en public, les Francophones louisianais de nos jours peuvent se parler sans craindre des insultes. Au contraire, souvent les autres expriment leur regret de ne pas parler français. Qu’importe qu’on ait moins de Francophones au XXIe siècle, ceux qu’on a parlent sans complexe et sans se soucier si c’est le « bon » français ou pas.

Mais la plus grande transformation pourrait avoir lieu les 11-12 octobre à Erevan en Arménie lors le prochain sommet quand l’OIF va décider si, oui ou non, la Louisiane mérite une place à la table des grands. La demande officielle était faite au printemps dernier, il ne reste plus qu’à attendre. Dans la conclusion du dossier, on peut lire, « Plus que jamais, la Louisiane reconnait que sa francophonie est une ressource naturelle et renouvelable. Elle constate, toutefois, que sa durabilité et son succès futurs dépendront des relations qu'elle entreprendra avec la Francophonie internationale, dont elle compte s'inspirer des modèles sociaux, politiques, économiques, professionnels et culturels de ses partenaires. La Louisiane est prête à prendre sa place à la table. » Dans cinquante ans, le CODOFIL a soulevé le voile sur une culture et une langue qui sont restées longtemps honnies et cachées et qui ne désirent qu’une chose, c’est de vivre sa vie en français au grand jour avec le reste de la famille.